Premières expériences sensorielles

Nous percevons le monde avec nos cinq sens et nous les perfectionnons tout au long de notre vie. Le tout petit a un grand besoin de stimulations pour développer les siens et grandir harmonieusement. Il est important de l’accompagner dans ses découvertes et de lui permettre de rentrer en interaction avec d’autres personnes. Il s’agit d’expériences vécues, ressenties et réelles qui ne peuvent se faire au travers d’un écran…

Je vous propose ici quelques idées pour développer les sens avec des objets à fabriquer, à se procurer ou encore à réinventer.

Pour développer la vue :

– fixer un miroir proche de l’aire de jeu.

– placer des images en noir et blanc sous formes d’affiches proches de ses yeux (à imprimer ici) dans la même période que le mobile de Munari.

– lire les livres en noir et blanc de Tana Hoban

– suspendre des mobiles au dessus de son visage: le mobile des octaèdres, le mobile de Gobbi, et les autres mobiles.

– le jeu du « coucou ! » où l’on cache son visage, puis on le fait réapparaître.

– imiter ses expressions, lui faire des grimaces, créer un échange et capter son attention, en particulier avec les bébés.

– réaliser des paniers/plateaux regroupant des objets d’une même couleur.

– manipuler un nuancier d’imprimeurs, prendre un objet, comparer et retrouver sa couleur sur le nuancier.

– travailler avec les boîtes de couleurs Montessori à acheter ou à fabriquer soi-même.

 

Pour développer l’ouïe :

– froisser des feuilles de différentes matières (papier, plastique, aluminium, essuie-tout, tissu…)

– fabriquer des boîtes à sons avec toutes sortes de petits récipients (boîtes de maquillage, pots de yaourt, tubes de médicaments…) dans lesquels on verse des objets variés (cailloux, clous, trombones, riz, lentilles, pois chiches, semoule… voir farine pour des sons plus étouffés).

– dire des comptines et chanter.

– jouer sur la hauteur des sons : frapper différents objets et distinguer les sons graves ou aigus.

– fabriquer toutes les notes de la gamme avec des bouteilles ou des verres (glass harp) plus ou moins remplis d’eau ; et pour les plus doués, ravir les oreilles des petits comme ces artistes ou ceux-ci.

Pour développer le toucher :

– palper des petits coussins en tissu remplis avec des matériaux différents (riz, papiers de bonbons, sable, perles…)

– comparer des carrées de tissus variés (velours, jean, soie, coton, jersey, laine…) en double et les apparier.


– toucher ou manipuler différentes matières/textures : sable,  herbe, graviers, terre, eau, mousse,… De nombreuses expériences peuvent être réalisées dans la  nature, sur la plage, dans un champ, dans la neige, dans le jardin…

D’autres nécessitent un peu de matériel et de la patience… : farine, peinture, pâte à modeler (recette dans téléchargements), laine, coton…


Pour développer l’odorat :

– sensibiliser l’enfant à toutes les odeurs qu’il remarque et nommer ou essayer de les définir. Ne pas hésiter à compléter la description en enrichissant le vocabulaire : ce parfum est fleuri, doux, sucré, délicat…, cette odeur est piquante, mauvaise, nauséabonde, fétide…, cette senteur est poivrée, mentholée, pimentée…

– sentir des petits flacons remplis d’épices ou herbes aromatiques (menthes, lavande, thym, sauge, muscade, cannelle, cumin, curry…) à apparier ensemble ou à identifier pour les plus grands.

– se promener dans la nature, sentir les fleurs, les feuilles…

Pour développer le goût :

– le bébé mets à la bouche tout ce qui lui tombe sous la main. Souvent les objets à sa disposition n’ont pas un goût très prononcé (plastiques, verre…) ; mais si on lui propose des objets en bois naturel, en tissu… la sensation en bouche va être différente.

– l’initiation au goût se fait surtout pendant les repas : donner des aliments simples et variés, découvrir de nouvelles saveurs, les nommer, proposer des aliments nouveaux régulièrement, jouer sur les couleurs et les textures pour les rendre plus attractifs…

– un peu à la façon du jeu de Kim (goûter des aliments les yeux bandés et essayer de les reconnaître), on peut fabriquer des flacons avec les quatre saveurs principales :

  • sucré : eau sucrée
  • salé : eau salée
  • acide : vinaigre blanc ou citron
  • amer : faire bouillir quelques minutes la peau blanche du pamplemousse (entre le zeste et la chair)

cuisiner avec son enfant permet aussi de l’initier très jeune à une multitude de saveurs.

Quand l’enfant est un peu plus grand, l’activité qui permet la stimulation des cinq sens est la découverte des bacs sensoriels. Ils se déclinent sous toutes les formes, à vous d’être créatifs et de retrouver votre âme d’enfant pour les concevoir.

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Écrans et tout-petits

Cet article était en latence depuis un moment, et il était à l’origine plus orienté sur les adolescents, les jeux vidéo et le monde virtuel. Mais ces derniers temps, plusieurs reportages concernant les effets des écrans, notamment sur le développement des très jeunes enfants, ont été diffusés sur les ondes et la télévision ; et ils sont plutôt alarmants. Ma dernière ayant plus de six ans, je ne suis pas concernée directement par la question des 0-3 ans ; mais avec quatre enfants à la maison et un « certain nombre » d’écrans, la question du nombre d’heures d’exposition par semaine et du contenu de ce qui est regardé est un point de discussion récurrent dans la famille.

La sirène d’alarme envoyée par les professionnels de la santé et de l’éducation laisse à réfléchir sur notre position et nos habitudes en tant que parents, et sur notre responsabilité vis à vis de nos enfants. L’invasion de notre quotidien par les écrans est de plus en plus importante, et nous sommes parfois nous-même mis à mal pour réguler notre pratique, voire même sujets à une certaine addiction… Une exposition excessive peut parfois devenir néfaste chez l’adulte (trouble du sommeil, repli sur soi, fatigue oculaire, agressivité, manque de concentration…)  ; cependant le cerveau est mature.

Qu’en est-il des bébés et des tout-petits ?

De plus en plus de médecins essaient de sensibiliser le grand public quant à la surexposition aux écrans des enfants de 0 à 3 ans qui peut, dans certain cas, aller jusqu’à provoquer un comportement proche de troubles autistiques. Les réactions, ou le manque de réactions de certains jeunes enfants, leur incapacité à parler, leur inaptitude à rentrer en relation avec autrui, leur indifférence vis à vis du monde dans lequel ils évoluent, sont de plus en plus observés en consultation chez les médecins ou à l’entrée à l’école maternelle. Il s’agit bien évidemment de cas graves. Après une prise de conscience des parents et un arrêt immédiat de l’exposition aux écrans l’enfant réapprend à jouer, à manipuler, à explorer le monde dans lequel il vit. Il peut donc se construire et développer de nombreuses connexions cérébrales. Le tout-petit a en effet besoin d’interactions avec des personnes réelles. Pour grandir et s’épanouir harmonieusement, il doit bouger, expérimenter grâce à ses cinq sens, utiliser ses mains pour comprendre le monde, apprendre à parler au cours d’échanges réels, se connecter entièrement à son environnement.

« L’organe moteur qui caractérise l’Homme, c’est la main au service de l’intelligence pour la réalisation du travail. » Maria Montessori

La question des écrans devient omniprésente dans beaucoup de familles et une préoccupation pour de nombreux parents plus ou moins conscients des dangers pour les très jeunes. Ils ne sont pas informés sur les mécanismes de développement du cerveau de leur enfant et sur les temps d’exposition qu’il est conseillé de respecter. Je suis pour ma part assez sceptique face au « zéro écran » avant 3 ans. S’il est indispensable chez le bébé d’être très vigilant, il semble vraiment difficile, surtout avec une fratrie, de ne pas exposer le tout-petit au moindre écran. Je préfère opter pour la prévention au sein de la famille, sensibiliser les frères et sœurs et établir des règles pour chacun tout en vérifiant les jeux ou les vidéos qui sont visionnées. Je m’assure également que la majeure partie de leur temps, les enfants jouent, bougent à l’air libre, bricolent et soient encrés dans le monde réel.

Les alertes récentes parlent d’enfants de moins de 4 ans, et même de bébés, qui sont exposés presque en continu à tout type d’écrans par méconnaissance des parents du développement du cerveau et de l’impact de cette exposition prolongée sur leurs enfants, par solution de facilité face aux pleurs ou aux colères qu’il est parfois difficile d’accepter. Il s’agit heureusement de cas extrêmes, qui vont nécessiter un accompagnement et un suivi sur le long terme. Si ces cas sont encore rares, ils sont en augmentation constante. Il est important de connaître l’impact de toute exposition aux écrans lors des premières années pour en mesurer les conséquences et s’informer sur les risques.  « Manger cinq fruits et légumes par jour »,  » « Fumer tue », « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé », « Et vous, vous bougez comment aujourd’hui »?… A quand une campagne de prévention destinée à un large public, sur l’utilisation excessive des écrans ? Il y a actuellement un besoin urgent de sensibiliser la population de manière accessible et compréhensible pour tous.

En cherchant des images pour illustrer cet article, je me suis livrée à une petite analyse. Pour mes trois grands, nés avant 2010, j’ai trouvé les premières photos où ils apparaissaient devant un dessin animé entre 2 et 2,5 ans. Pour la dernière, née en 2011, c’était vers dix huit mois. Je précise qu’ils ont regardé des vidéos avant ces âges de manière ponctuelle et contrôlée. Mais ce qu’il importe de souligner, c’est que plus on avance dans les années, plus ils ont été exposés tôt, en raison des habitudes des grands reproduites par les plus jeunes, mais aussi du nombre croissant d’écrans dans notre foyer. Même si nous n’avons plus de télévision depuis plusieurs années, les ordinateurs, les tablettes et les smartphones sont bien représentés. Qu’en serait-il aujourd’hui si j’avais un bébé né en 2016 ou 2017 ?

Avec mes grands, il était facile de vérifier le contenu de ce qu’ils regardaient. Je m’aidais de ce  site Quels films pour nos enfants ? qui donne des repères d’âges pour chaque film et de nombreux arguments qui permettent d’adapter à la sensibilité de ses enfants. Avec l’arrivée de Girl4, j’ai même classé toutes les vidéos de l’ordinateur familial par tranche d’âge, ce qui permettait à chacun de savoir si un dessin animé était approprié ou pas. Mais depuis, deux ou trois ans, j’observe aussi que l’usage des écrans a changé chez mes enfants : moins de dessins animés et de films, au profit de jeux sur tablette, de vidéos sur Youtube, des réseaux sociaux chez mon aînée.. Et il devient de plus en plus difficile de contrôler ce qu’ils visionnent et le temps qu’ils y passent.  Il me serait vraiment moins facile d’être constamment vigilante en 2018, si j’avais des tout-petits.

Tout l’art des parents va être de trouver le bon équilibre pour un développement harmonieux de son enfant entre le monde réel et le monde informatisé. Chez nous, nous ne pouvons pas tout contrôler, et ce n’est pas le but, mais nous sensibilisons et imposons des règles pour la gestion des écrans. Elles évoluent, et on les remet au goût du jour régulièrement, car il est difficile pour chacun d’être attentif et de ne pas se laisser happer ou déborder. Il y a des jours et des heures d’utilisation pour les jeux et les utilisations « plaisir ». On se sert aussi des écrans pour nos apprentissages (cours vidéo pour les collégiens, documentaires, recherches Internet, vidéos en langues étrangères…).

Et il ne faut pas oublier que notre pratique est aussi un exemple pour nos enfants, alors réfléchissons également à l’usage que nous faisons des écrans et au temps que nous passons devant.
Pour aller plus loin :
Des aides pour diminuer l’utilisation des écrans :

Quand la lecture devient plaisir…

Il me reste encore quelques mystères à résoudre concernant l’apprentissage de la lecture. J’ai quelques éléments de réponse sur le sujet, mais je cherche encore à percer le mystère de cette passion, presque innée, qu’ont certains enfants pour la lecture, quand d’autres n’y prennent pas plus de plaisir que ça, voire s’en désintéressent totalement.

 

J’ai appris à lire à trois de mes enfants, le quatrième ayant appris à l’école lors d’une petite réintégration de deux ans en CP et CE1. Cet apprentissage a été laborieux pour lui, en partie à cause de problèmes de visions qui n’ont été réglés qu’en CE1, mais aussi à cause du décalage avec les enfants de sa classe qui avaient tous effectué leur année de GS avec le maître de CP. Boy2 est arrivé en cours d’apprentissage puisqu’il n’était pas scolarisé l’année de GS.

Il n’aime pas lire, ce qui n’est pas une grande surprise vu les difficultés qu’il a rencontrées quand il a appris. Il a maintenant 12 ans, et ne montre toujours pas un quelconque intérêt pour cette activité, hormis quelques BD. Se rend-il compte consciemment ou inconsciemment de notre attente ? Sûrement…

Concernant les trois autres, ils ont tous appris à la maison, avec la même méthode, sans trop de difficulté et à leur rythme. Les filles aiment lire, mais Boy3 n’est pas un grand fan de lecture. Cet apprentissage a été un peu perturbé lors de notre voyage d’un an à travers le monde, car nous avions peu de livres en français pour lecteurs débutants à lui proposer. Ça peut être un début d’explication.

Pour Girl 1, la lecture a été rapidement une occupation de premier choix quand elle avait entre 5 et 8 ans. Dès qu’elle a su déchiffrer ses premiers mots, elle prenait du plaisir à lire des histoires à ses deux petits frères, qui se montraient très patients. Et elle s’est mise à « dévorer » de plus en plus de pages, de romans et de séries ; la lecture est vite devenue très fluide. Puis, de retour à l’école pendant deux années, j’ai remarqué qu’elle perdait progressivement cette passion pour la lecture, mais cette dernière est rapidement revenue dès qu’on a recommencé l’instruction en famille. A nouveau scolarisée en 3ème depuis la rentrée, elle semble garder son enthousiasme pour la lecture. (On l’y aide un peu, en veillant à ce qu’il n’y ait plus d’écrans dans sa chambre après 20h…)

Enfin, pour Girl4 qui a  6,5 ans, on est en plein dans cet apprentissage. Dès 4 ans, elle a souhaité apprendre à lire, mais ne connaissait pas encore les sons des différentes lettres. Je ne l’ai pas freinée dans son envie d’apprendre et j’ai ressorti la méthode de lecture des grands. Elle était très fière, et pendant des mois, nous avons avancé très lentement en effectuant d’autres exercices de phonétiques en parallèle et des activités sur le langage en Montessori. Je n’avais qu’une peur, c’est qu’elle se démotive et perde son enthousiasme pour apprendre. Alors quand je sentais son désintérêt pour les lettres, je n’insistais pas et pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, on n’ouvrait pas la méthode. Par moment, elle redevenait demandeuse. J’ai donc suivi sa motivation au fil des saisons.

Quand elle a eu 5 ans, j’ai senti que son oreille était plus affinée ; elle connaissait les sons de quasiment toutes les lettres ; elle semblait plus disposée à entrer vraiment dans la lecture. Il y a encore eu des moments où elle n’était pas vraiment motivée, alors on avançait tranquillement, par pallier. Parfois, on laissait tomber pendant quelques semaines la méthode et quand on reprenait, j’avais l’impression que quelque chose s’était construit dans son cerveau pendant ce temps de latence. J’étais étonnée par ce cheminement, et face au manque de régularité dans son entraînement à lire, je pensais que ce temps trop long finirait par la désintéresser de la lecture.

Et puis, un peu avant 6 ans, il y a eu un déclic. Elle a commencé à essayer de déchiffrer tout ce qu’elle voyait autour d’elle : les panneaux, les emballages alimentaires, les cahiers de ses frères, les prospectus qui traînaient, les titres des livres, et même, quelques phrases dans les lectures offertes du soir. Son intérêt était vraiment réel. Tout est allé très vite : on est allé au bout de la méthode, et je l’ai rapidement observée se diriger vers des romans pour lecteurs débutants, réclamer d’emprunter des documents à la bibliothèque, se mettre à lire tout ce qui lui tombait sous les yeux !

En ce moment, à 6 ans et demi, elle lit avec de plus en plus d’aisance et de passion. Je la retrouve régulièrement dans son lit, installée avec un livre dans les mains, en pleine lecture. Elle vient ensuite m’en donner un petit résumé et on sent le plaisir qu’elle a à découvrir toutes ces histoires. Je n’ai pas connu un tel intérêt pour la lecture avec les autres, même avec Girl1 qui pourtant aime lire. Ça semble un peu comme magique…

Le respect du temps d’apprentissage peut-il être uniquement à l’origine de son grand intérêt pour la lecture ?

Je cherche ce qui, en dehors du travail formel pour l’initiation à la lecture, peut améliorer cet apprentissage :
– la confiance en soi,
– la stimulation par des plus grands,
– un vocabulaire plus riche,
– des échanges constants avec des adultes ou des enfants plus grands (pour un enfant non scolarisée),
– des lectures offertes quotidiennes plus nombreuses,
– l’impact négatif des écrans s’ils sont trop présents dès le plus jeune âge,
– etc…

En 2009, au moment de déscolariser nos enfants, j’avais réalisé une étude des méthodes de lecture en vigueur, en me renseignant sur les meilleures chances de réussites, sur les méthodes les plus efficaces. Et je me rappelle à l’époque être dans un flou certain tant les opinions divergeaient (et divergent encore) sur ce sujet délicat. Je reste convaincue que chaque enfant rentre dans cet apprentissage avec un passif et une expérience personnelle qui va l’aider plus ou moins à acquérir cette compétence ; mais je reste encore en questionnement sur comment la passion de la lecture touche tel ou tel enfant. J’ai dans mes amies, l’exemple d’un enfant qui, malgré un apprentissage difficile lié à une dyslexie, est un enfant qui aime lire !…

J’ai quelques éléments de réponse avec mes quatre enfants, mais j’aimerais avoir d’autres retours de professeurs des écoles, d’enfants qui ont appris à lire après 8 ans, ou d’enfants qui ont découvert le système seuls… Et qui ont un réel enthousiasme à lire.

Arbres et roses d’automne

Les arbres se parent de magnifiques couleurs ; le temps des promenades encore illuminées et tièdes avant l’entrée dans l’hiver. C’est aussi l’occasion de ramasser des feuilles de formes et de teintes très diverses. Chaque automne, cette activité est l’occasion de nombreux bricolages.

Cette année, Girl4 a décidé de créer un arbre aussi grand qu’elle.

Après l’avoir aidé à assembler de grandes feuilles blanches, je lui dessine un tronc et de nombreuses branches qu’elle s’empresse de peindre en marron, en préservant un petit rond blanc au milieu du tronc, pour y mettre un hibou !

Quand la peinture est enfin sèche, elle commence à coller les feuilles qu’elle avait mises à sécher dix jours plus tôt. A l’aide d’un pinceau et de colle blanche liquide, elle badigeonne le dos des feuilles, puis les dépose sur les branches au fil de son inspiration. L’arbre se pare de mille tons flamboyants et prend forme.

Pour finir, je lui imprime un hibou et quelques champignons à colorier qui agrémenteront le sol. Voilà l’arbre d’automne est fini :

D’autres arbres d’automne, des saisons précédentes :

Autres idées de réalisations avec les feuilles d’automnes :

Les bacs sensoriels

Observer, toucher, sentir, écouter, goûter… stimuler ses sens, une activité phare chez les petits, mais aussi chez les plus grands.

La semaine dernière, j’ai eu la visite d’une petite fille de 2 ans et je lui ai rapidement concocté un petit plateau avec différents éléments à toucher, sentir, écouter et admirer. En allant fouiller dans mes anciennes photos, j’ai retrouvé quelques exemples que j’avais confectionnés pour Girl4 quand elle avait 2 ans. J’aimais beaucoup jouer sur les couleurs et lui offrir quelque chose de beau et d’esthétique, même si après quelques manipulations, tous les éléments se mélangent rapidement sous les petites mains curieuses.

Le bac sensoriel répond parfaitement à ce besoin d’explorer du jeune enfant. On peut y mettre quasiment toute sorte de choses et d’éléments naturels (attention tout de même aux objets trop petits si l’enfant est très jeune et met encore beaucoup à la bouche). J’aime utiliser des éléments naturels, mais j’y ajoute des contenants pour transvaser, pour cacher des objets, ou tout simplement répondre aux besoins de mon thème.

Quelle forme de bac : idéalement un plateau assez grand avec des bords, mais tout bac ou boîtes basses peuvent faire l’affaire. Ici, on a opté pour un plateau rond à bord de 4-5 cm pour que les éléments fins ne s’éparpillent pas partout. Pourquoi rond ? Tout simplement le modèle que j’avais à disposition dans la cuisine…
On peut choisir de les composer sur un thème particulier : la forêt, la plage, une saison, Noël, Pâques, une couleur particulière, des éléments naturels, la récolte ramenée d’une balade… l’idée étant de stimuler un ou plusieurs sens.

Jouer avec les textures : 
– fluides comme l’eau, le sable, les petites graines, la semoule…
– douces ou rugueuses : coton, laine, papier émeri…
– molles ou dures : éponge, mousse, liège, bois, cailloux, coquillages…
– collant ou lisse :  certains bourgeons collants, objets entourés de scotch double face, billes…
La température, chaud ou froid : glaçons, pierres chaudes, objets mis au frigo quelques minutes…
La masse, légères ou lourdes : plumes, pierres, plomb, coton…
Sec ou humide : éponge mouillée, tissu humide, mousses, sciure ou copeaux de bois sec…
 
Avec les odeurs : écorces d’orange, fleurs, herbes aromatiques, bâtons de cannelle…

On peut aussi partir de l’intérêt de l’enfant pour explorer son environnement : utiliser une dînette, un jouet, un bonhomme, un râteau, un récipient, une paille… que l’on mélange aux éléments naturels. L’enfant regarde, découvre, explore, apprend, touche, goûte, sent, teste, transvase, mélange, joue, écoute, ose, prend du plaisir, et tellement d’autres actions encore !

L’idée de laisser le petit enfant retourner le contenu du bac peut parfois effrayer surtout si on y met de l’eau, de la farine, du sable ou tout autre ingrédient de texture fine. On peut proposer cette activité en extérieur, sur un balcon ou encore prévoir une protection à étaler sur le sol avant le début des manipulations.

Quand nous avons exploré la couleur jaune, j’ai proposé à Girl4 ce plateau :

En parallèle, elle a peint avec de la peinture jaune, trié des éléments de cette couleur, effectué des recherches d’objets jaunes dans la maison… Le jaune était présent partout et j’attirais régulièrement son attention sur cette teinte.

Instruire ses propres enfants… un équilibre subtil

Tous les parents instruisent leurs enfants, ils montrent, ils expliquent, ils racontent, ils accompagnent, ils jouent avec eux… Mais pratiquer l’instruction en famille, implique en plus d’assumer le rôle de l’école et de transmettre cette culture commune à tous les élèves. Les façons d’instruire en dehors des institutions scolaires sont nombreuses, allant du cours par correspondance aux apprentissages autonomes. Chaque famille fait ses choix et ajuste au fur et mesure.

Il y a cependant une problématique qui revient souvent dans les échanges à propos de ce choix atypique, c’est celle de savoir comment il est possible de faire travailler ses propres enfants ; comment on ne se laisse pas déborder par l’affect ; comment garde-t-on suffisamment de patience jusqu’au soir ?

La première réponse qui me vient souvent à l’esprit, c’est que non, ce n’est pas un problème, et que dans l’ensemble, la fratrie joue le jeu. Il y a bien sûr des moments de tension, et d’autres où il faut répéter inlassablement, mais c’est le propre de l’éducation.

Cependant, en repensant aux années de scolarisation de mes enfants, je comprends mieux l’origine de ces interrogations. Je me rappelle l’état d’excitation dans lequel je retrouvais les enfants le soir après l’école, la difficulté de les recentrer pour réaliser leurs devoirs et la cadence effrénée imposée à chacun au cours de ces fins d’après-midi et de ces soirées. C’est sans doute à ces moments-là que font référence les personnes qui me questionnent et elles n’imaginent pas un seul instant vivre cela tout au long de la journée. Et je les comprends.

Aujourd’hui, notre rythme de vie est bien différent. Le quotidien s’est simplifié depuis que l’on pratique l’instruction en famille et il en découle un juste équilibre dans nos relations. Nous arrivons mieux à gérer le temps et prendre du recul vis à vis de la demande grandissante de notre société d’aller toujours plus vite et de faire toujours plus.

Chez nous, les enfants se réveillent seuls, souvent entre 7h30 et 8h30, car ils sont couchés relativement tôt le soir. C’est notre fonctionnement à nous, mais certaines familles se couchent plus tard et se réveillent plus tard également. L’important reste de respecter un rythme régulier et d’avoir un temps de sommeil suffisant pour les apprentissages de la journée. Pas de réveil brutal, pas de course le matin pour se préparer à partir à l’école. Cela peut paraître anodin, mais une journée qui commence sereinement, a plus de chance de continuer dans cet esprit.

Les enfants ne subissent pas non plus la pression continue d’une journée d’école avec ses contraintes horaires, la nécessité incontournable de respecter et de répondre aux demandes des adultes et du groupe, le bruit et les sollicitations multiples. Tout n’est pas toujours calme et serein à la maison. Cependant, le travail individuel ou au sein de la fratrie est plus condensé et efficace ; les insatisfactions et les conflits sont repérés plus facilement et plus vite désamorcés. Les enfants ne sont pas toute la journée obligés de prendre sur eux pour satisfaire aux exigences des adultes de l’école et se faire accepter dans leur groupe de paires. L’ambiance générale est moins stressante et beaucoup plus douce et paisible. Il devient alors plus facile d’être écouter par ses enfants et de jouer le rôle d’enseignant-accompagnateur en plus de celui de parent, d’autant que, chez nous, ce rôle se tient le plus souvent en début de journée au moment où chacun est relativement disponible.

 

Un autre élément de réponse tient dans les modes d’apprentissage que nous utilisons. Nous ne sommes pas en unschooling, mais nous ne fonctionnons pas non plus comme une école. Les temps de travail formel sont réduits, plus efficaces du fait d’être individuels, et beaucoup moins dirigés. Les enfants acquièrent petit à petit une certaine autonomie. Plus elle grandit, et plus ils sont capables de gérer leurs apprentissages et d’organiser leur planning eux-mêmes.

Pour les plus jeunes, le travail se fait beaucoup sous forme de jeux et avec peu de contraintes ; et finalement ils sont très demandeurs dès lors que le travail n’est pas associé à une exigence de performance ou à une compétition avec d’autres. A partir de l’apprentissage de la lecture, le temps de travail formel quotidien devient un peu plus routinier et cadré, mais n’excède pas une heure par jour. Progressivement il prend un peu plus de place tout en ne dépassant pas 2h30 à 3h.  Ce sont surtout les fondamentaux lire, écrire et compter qui font l’objet d’un travail suivi ; les autres apprentissages sont abordés de manière plus informelle au cours de visites de musées, de sorties pédagogiques avec d’autres familles, de recherches sur Internet, de lectures, de visionnages de DVD et documentaires, de jeux de société, de jeux, de rencontres…

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En instruction en famille, les apprentissages libres à l’initiative de l’enfant occupent une grande place dans la journée. Quelle que soit la situation, l’enfant apprend à chaque instant, parce qu’il vit, qu’il interagit avec son environnement, qu’il expérimente, qu’il choisit des voies, qu’il se trompe, qu’il recommence, qu’il ajuste et qu’on lui laisse le temps pour cela… Il y a dans la fratrie de nombreux comportements de coopération et d’entraide où les échanges entre les grands et les petits sont d’une richesse incroyable. Et je ne suis pas constamment présente dans leurs relations de jeux ou de vie. Chacun observe des moments seul, à deux, à trois ou à quatre. Les liens dans la fratrie évoluent au fil des jours en fonction des affinités de chacun pour telle ou telle activité.

Un exemple de matinée libre (il y a quelques mois) : la veille d’un départ en vacances, les enfants s’occupent comme ils le souhaitent pendant que je prépare le voyage. J’entre en fin de matinée dans la chambre des garçons pour voir ce que chacun fabrique, et je découvre mon aînée avec son frère en pleine répétition de chant autour du piano. Le deuxième lui invente et construit tout un arsenal de « Hand Spinner » en Lego. Quant à la petite dernière, elle s’applique à réaliser une tour en Kapla aussi grande qu’elle. Chacun a entrepris seul ou à deux, ils se sont occupés toute la matinée et je ne les ai pas entendus. Et pendant ce temps, j’ai pu organiser les préparatifs pour notre départ en vacances dans une ambiance calme.

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Le tableau n’est pas idyllique tous les jours. Il peut y avoir discussions, négociations, et parfois même, j’ai besoin de me montrer plus persuasive. Mais dans l’ensemble les enfants acceptent bien le fait que ce soit leur maman qui joue le rôle d’enseignante-accompagnatrice. Ils sont libres de retourner à l’école ou au collège, et en connaissent les avantages et les inconvénients. J’ai toujours gardé à l’esprit qu’ils pourraient avoir à retourner à l’école (ce qui s’est déjà produit une fois dans le passé pour les grands) et je souhaite qu’ils aient un minimum de repères et de codes en lien avec l’institution. Notre fille aînée a choisi en septembre dernier d’aller au collège pour sa 3ème. Et dans l’ensemble, elle ne s’est pas retrouvée complètement perdue ou déconnectée par rapport aux autres élèves. Sa réintégration

Instruire ses enfants en dehors de l’école reste à mon sens un art en constante évolution. La plupart des blogs sur l’instruction en famille sont plein de bonnes intentions et ne montrent souvent que des images parfaites : un arrêt sur image d’instants de la journée où la situation globale est maîtrisée. L’instant, où on a le temps de penser à prendre son appareil photo pour immortaliser une situation valorisante, un moment serein où tout se déroule comme on l’avait prévu…

Nous attendons trop souvent ces moments. Et le mode de fonctionnement d’une famille ne peut être appliqué tel quel à une autre famille : chacun a une éducation adaptée à ses enfants et ses attentes, des façons diverses d’entreprendre et des visions différentes. On ne peut pas faire de « copié-collé » à partir de posts de blogs ou de témoignages. Ils doivent rester des sources d’inspiration, qui peuvent être une aide, mais qui peuvent également ne pas être applicables à notre mode de vie ou notre propre fonctionnement. Sinon, le découragement peut vite s’insinuer dans notre tête et le doute prendre le dessus, ces témoignages ne nous aident pas. Ils ont même tendance à nous faire douter encore plus de nos capacités à réussir dans cette tâche complexe d’instruction et d’accompagnement. La réalité du quotidien avec ses enfants n’est pas toujours facile, parfois rien ne se déroule comme on le souhaite, les débuts de journée peuvent être chaotiques et les fins d’après-midi épuisantes et vraiment peu satisfaisantes. De telles situations, j’en ai déjà vécues d’innombrables…

 

Mais ne cherchez pas l’image, je n’en pas en stock !

 

J’apporterai une dernière précision pour ceux ou celles qui se lancent ou veulent se lancer dans cette aventure, l’âge des enfants est aussi un facteur à prendre en compte. La dernière ayant six ans, je peux maintenant m’offrir plus facilement du temps pour moi, ce qui n’était pas le cas quand nous avons commencé en 2009 avec des enfants en bas âge, plus demandeurs en attention et moins autonomes. Il peut être nécessaire d’avoir alors un ou plusieurs relais de temps à autre, et de pouvoir échanger et partager avec d’autres. Chaque famille est différente, a son propre fonctionnement, son lot de galères et ses propres astuces ; donc il ne faut pas hésiter à partager ses expériences qu’elles soient positives ou moins satisfaisantes, et s’entraider.

Ce choix de vie reste pour nous, un équilibre qui nous va bien, car notre rythme de vie nous semble juste, les liens entre frères et sœurs solides et que toute la famille y trouve son équilibre.

Une rentrée pas comme les autres

L’heure de la rentrée a déjà sonné ! La notre est toujours un peu différente de celle de la majorité des enfants de France. Ici, les enfants ne vont pas à l’école.

Mais cette année, la rentrée est pour nous davantage inhabituelle : Girl1 est repartie pour le collège mardi matin. Ce qui rend cette rentrée insolite, c’est que lundi matin, alors que la fratrie avait recommencé une nouvelle année d’IEF ; dans l’après-midi, le collège nous a informé que finalement Girl1 pouvait réintégrer le collège (demande faite dix jours plus tôt, mais restée sans réponse précise).

Girl1 est enchantée malgré le GRAND stress et l’ENORME excitation provoqués par cette nouvelle, ainsi que l’IMMENSE vide ressenti mardi matin à son arrivée dans la cour du collège pour trouver sa classe de 3ème. Mais elle a su trouver les ressources en elle pour affronter ce challenge. Sa motivation est restée intacte. Et après trois jours de cette nouvelle vie, je réalise que ce changement est une bonne chose pour notre fille et pour moi également, qui n’aurai plus que trois enfants à suivre en IEF, pas de brevet et pas d’examen d’entrée en seconde à préparer pour la fin de l’année.

Cependant, comme tout changement, il nécessite une période d’adaptation et une recherche d’un nouvel équilibre familial. La fratrie est très unie du fait de vivre ensemble 24h/24, mais également grâce à nos expériences de voyage au long court qui ont particulièrement resserré les liens entre frères et sœurs. La fratrie est séparée pour la première fois depuis bien longtemps, et la vie de homeschoolers n’est plus tout à fait pareille maintenant que la grande sœur n’est plus là. Girl1 était un bon régulateur des conflits, une aide appréciable au quotidien et surtout elle était très présente auprès de Girl4.

Nous sommes encore dans le « feu de l’action » ; mais ce week-end, la pression va sûrement retomber et chacun pourra prendre le temps d’apprécier ce qui a changé ou ce qui va changer pour lui et pour le reste de la famille… Petite désorganisation temporaire avant que chacun retrouve sa juste place et que l’équilibre revienne à son état optimum.

Une rentrée bien différente donc, mais tellement riche en émotions, en rencontres et en expériences.