Instruire ses propres enfants… un équilibre subtil

Tous les parents instruisent leurs enfants, ils montrent, ils expliquent, ils racontent, ils accompagnent, ils jouent avec eux… Mais pratiquer l’instruction en famille, implique en plus d’assumer le rôle de l’école et de transmettre cette culture commune à tous les élèves. Les façons d’instruire en dehors des institutions scolaires sont nombreuses, allant du cours par correspondance aux apprentissages autonomes. Chaque famille fait ses choix et ajuste au fur et mesure.

Il y a cependant une problématique qui revient souvent dans les échanges à propos de ce choix atypique, c’est celle de savoir comment il est possible de faire travailler ses propres enfants ; comment on ne se laisse pas déborder par l’affect ; comment garde-t-on suffisamment de patience jusqu’au soir ?

La première réponse qui me vient souvent à l’esprit, c’est que non, ce n’est pas un problème, et que dans l’ensemble, la fratrie joue le jeu. Il y a bien sûr des moments de tension, et d’autres où il faut répéter inlassablement, mais c’est le propre de l’éducation.

Cependant, en repensant aux années de scolarisation de mes enfants, je comprends mieux l’origine de ces interrogations. Je me rappelle l’état d’excitation dans lequel je retrouvais les enfants le soir après l’école, la difficulté de les recentrer pour réaliser leurs devoirs et la cadence effrénée imposée à chacun au cours de ces fins d’après-midi et de ces soirées. C’est sans doute à ces moments-là que font référence les personnes qui me questionnent et elles n’imaginent pas un seul instant vivre cela tout au long de la journée. Et je les comprends.

Aujourd’hui, notre rythme de vie est bien différent. Le quotidien s’est simplifié depuis que l’on pratique l’instruction en famille et il en découle un juste équilibre dans nos relations. Nous arrivons mieux à gérer le temps et prendre du recul vis à vis de la demande grandissante de notre société d’aller toujours plus vite et de faire toujours plus.

Chez nous, les enfants se réveillent seuls, souvent entre 7h30 et 8h30, car ils sont couchés relativement tôt le soir. C’est notre fonctionnement à nous, mais certaines familles se couchent plus tard et se réveillent plus tard également. L’important reste de respecter un rythme régulier et d’avoir un temps de sommeil suffisant pour les apprentissages de la journée. Pas de réveil brutal, pas de course le matin pour se préparer à partir à l’école. Cela peut paraître anodin, mais une journée qui commence sereinement, a plus de chance de continuer dans cet esprit.

Les enfants ne subissent pas non plus la pression continue d’une journée d’école avec ses contraintes horaires, la nécessité incontournable de respecter et de répondre aux demandes des adultes et du groupe, le bruit et les sollicitations multiples. Tout n’est pas toujours calme et serein à la maison. Cependant, le travail individuel ou au sein de la fratrie est plus condensé et efficace ; les insatisfactions et les conflits sont repérés plus facilement et plus vite désamorcés. Les enfants ne sont pas toute la journée obligés de prendre sur eux pour satisfaire aux exigences des adultes de l’école et se faire accepter dans leur groupe de paires. L’ambiance générale est moins stressante et beaucoup plus douce et paisible. Il devient alors plus facile d’être écouter par ses enfants et de jouer le rôle d’enseignant-accompagnateur en plus de celui de parent, d’autant que, chez nous, ce rôle se tient le plus souvent en début de journée au moment où chacun est relativement disponible.

 

Un autre élément de réponse tient dans les modes d’apprentissage que nous utilisons. Nous ne sommes pas en unschooling, mais nous ne fonctionnons pas non plus comme une école. Les temps de travail formel sont réduits, plus efficaces du fait d’être individuels, et beaucoup moins dirigés. Les enfants acquièrent petit à petit une certaine autonomie. Plus elle grandit, et plus ils sont capables de gérer leurs apprentissages et d’organiser leur planning eux-mêmes.

Pour les plus jeunes, le travail se fait beaucoup sous forme de jeux et avec peu de contraintes ; et finalement ils sont très demandeurs dès lors que le travail n’est pas associé à une exigence de performance ou à une compétition avec d’autres. A partir de l’apprentissage de la lecture, le temps de travail formel quotidien devient un peu plus routinier et cadré, mais n’excède pas une heure par jour. Progressivement il prend un peu plus de place tout en ne dépassant pas 2h30 à 3h.  Ce sont surtout les fondamentaux lire, écrire et compter qui font l’objet d’un travail suivi ; les autres apprentissages sont abordés de manière plus informelle au cours de visites de musées, de sorties pédagogiques avec d’autres familles, de recherches sur Internet, de lectures, de visionnages de DVD et documentaires, de jeux de société, de jeux, de rencontres…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En instruction en famille, les apprentissages libres à l’initiative de l’enfant occupent une grande place dans la journée. Quelle que soit la situation, l’enfant apprend à chaque instant, parce qu’il vit, qu’il interagit avec son environnement, qu’il expérimente, qu’il choisit des voies, qu’il se trompe, qu’il recommence, qu’il ajuste et qu’on lui laisse le temps pour cela… Il y a dans la fratrie de nombreux comportements de coopération et d’entraide où les échanges entre les grands et les petits sont d’une richesse incroyable. Et je ne suis pas constamment présente dans leurs relations de jeux ou de vie. Chacun observe des moments seul, à deux, à trois ou à quatre. Les liens dans la fratrie évoluent au fil des jours en fonction des affinités de chacun pour telle ou telle activité.

Un exemple de matinée libre (il y a quelques mois) : la veille d’un départ en vacances, les enfants s’occupent comme ils le souhaitent pendant que je prépare le voyage. J’entre en fin de matinée dans la chambre des garçons pour voir ce que chacun fabrique, et je découvre mon aînée avec son frère en pleine répétition de chant autour du piano. Le deuxième lui invente et construit tout un arsenal de « Hand Spinner » en Lego. Quant à la petite dernière, elle s’applique à réaliser une tour en Kapla aussi grande qu’elle. Chacun a entrepris seul ou à deux, ils se sont occupés toute la matinée et je ne les ai pas entendus. Et pendant ce temps, j’ai pu organiser les préparatifs pour notre départ en vacances dans une ambiance calme.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

Le tableau n’est pas idyllique tous les jours. Il peut y avoir discussions, négociations, et parfois même, j’ai besoin de me montrer plus persuasive. Mais dans l’ensemble les enfants acceptent bien le fait que ce soit leur maman qui joue le rôle d’enseignante-accompagnatrice. Ils sont libres de retourner à l’école ou au collège, et en connaissent les avantages et les inconvénients. J’ai toujours gardé à l’esprit qu’ils pourraient avoir à retourner à l’école (ce qui s’est déjà produit une fois dans le passé pour les grands) et je souhaite qu’ils aient un minimum de repères et de codes en lien avec l’institution. Notre fille aînée a choisi en septembre dernier d’aller au collège pour sa 3ème. Et dans l’ensemble, elle ne s’est pas retrouvée complètement perdue ou déconnectée par rapport aux autres élèves. Sa réintégration

Instruire ses enfants en dehors de l’école reste à mon sens un art en constante évolution. La plupart des blogs sur l’instruction en famille sont plein de bonnes intentions et ne montrent souvent que des images parfaites : un arrêt sur image d’instants de la journée où la situation globale est maîtrisée. L’instant, où on a le temps de penser à prendre son appareil photo pour immortaliser une situation valorisante, un moment serein où tout se déroule comme on l’avait prévu…

Nous attendons trop souvent ces moments. Et le mode de fonctionnement d’une famille ne peut être appliqué tel quel à une autre famille : chacun a une éducation adaptée à ses enfants et ses attentes, des façons diverses d’entreprendre et des visions différentes. On ne peut pas faire de « copié-collé » à partir de posts de blogs ou de témoignages. Ils doivent rester des sources d’inspiration, qui peuvent être une aide, mais qui peuvent également ne pas être applicables à notre mode de vie ou notre propre fonctionnement. Sinon, le découragement peut vite s’insinuer dans notre tête et le doute prendre le dessus, ces témoignages ne nous aident pas. Ils ont même tendance à nous faire douter encore plus de nos capacités à réussir dans cette tâche complexe d’instruction et d’accompagnement. La réalité du quotidien avec ses enfants n’est pas toujours facile, parfois rien ne se déroule comme on le souhaite, les débuts de journée peuvent être chaotiques et les fins d’après-midi épuisantes et vraiment peu satisfaisantes. De telles situations, j’en ai déjà vécues d’innombrables…

 

Mais ne cherchez pas l’image, je n’en pas en stock !

 

J’apporterai une dernière précision pour ceux ou celles qui se lancent ou veulent se lancer dans cette aventure, l’âge des enfants est aussi un facteur à prendre en compte. La dernière ayant six ans, je peux maintenant m’offrir plus facilement du temps pour moi, ce qui n’était pas le cas quand nous avons commencé en 2009 avec des enfants en bas âge, plus demandeurs en attention et moins autonomes. Il peut être nécessaire d’avoir alors un ou plusieurs relais de temps à autre, et de pouvoir échanger et partager avec d’autres. Chaque famille est différente, a son propre fonctionnement, son lot de galères et ses propres astuces ; donc il ne faut pas hésiter à partager ses expériences qu’elles soient positives ou moins satisfaisantes, et s’entraider.

Ce choix de vie reste pour nous, un équilibre qui nous va bien, car notre rythme de vie nous semble juste, les liens entre frères et sœurs solides et que toute la famille y trouve son équilibre.

Publicités

Un commentaire sur “Instruire ses propres enfants… un équilibre subtil

  1. Je pense que les personnes dont les enfants sont scolarisés (ou sans enfant en âge d’aller à l’école) ont des craintes qui se fondent uniquement sur leur expérience personnelle : un temps avec les enfants limités par le cadre scolaire. Comme tu le dis il y a les devoirs, des horaires qui ne sont pas toujours en adéquation avec les enfants (ma soeur a toujours vécu comme un supplice le fait de se lever le matin pour l’école et par extension c’était dur pour ma mère également) et on a tous plein d’attente envers les autres et envers nous-même.
    Mais ça n’a tellement rien à voir !
    Et pourtant je partage ton point de vue que là aussi il y a un équilibre à trouver que l’on vive avec ou sans école, il faut écouter chacun, trouver une organisation qui convienne et accepter de la changer au bout de quelques temps.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s